Bethsabée tenant la lettre du roi David : Rembrandt
  • Éditeur: Réunion des Musées Nationaux
  • Rencard:
  • Langue: Frances
  • ISBN: 2711852792
  • Tags: vulgarisation, enluminure, flamand, essai, histoire,

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Que disent les corps des contemporains de Rembrandt et de Vermeer, tels que nous les voyons dans les images qui nous sont parvenues ? Les tentatives d'élucider la relation entre l'apparence extérieure des gens et leurs émotions, l'idée même qu'ils se font de leur intériorité, se multiplient chez les historiens néerlandais du XVIIe siècle. L'âge d'or a adopté, en effet, mais pour le transformer, l'héritage d'Erasme et de Castiglione en ce qui concerne l'éducation et le comportement souhaitable des élites. Ce qui est en jeu, c'est toute une partie de la culture néerlandaise : ce n'est rien de moins que le problème de l'étiquette dans la république. En ce sens, la nudité et sa représentation en peinture forment-elles un champ fermé ? Le fait que les écrivains hollandais de l'âge d'or, critiquant l'immoralité de la vision de la peinture, prirent pour exemple la figure biblique de Bethsabée, alors présentée comme le tentateur suprême, ne doit pas être sous-estimé... Bathsabée tenant la lettre de David, nue au format naturel peint par Rembrandt en 1654, peut et doit être abordée à la lumière de ces valeurs. En quoi la toile du Louvre diffère-t-elle des représentations traditionnelles de l'histoire de David et de Bethsabée ? Pour le comprendre, ce livre tente de placer Bethsabée dans la recherche artistique du maître d'Amsterdam Or, cette recherche n'est compréhensible qu'après avoir identifié les préjugés qui voilent la peinture à nos yeux : mythes nés au 19ème siècle sur Rembrandt, sa vie et son génie, mais aussi présuppositions actuelles sur le corps féminin. Comment accéder à la beauté et à l'éloquence de cette peinture religieuse, sait-on encore l'admirer ?

Blaise Ducos

Blaise Ducos

Nationalité : France Né en 1975 Biographie : Blaise Ducos est conservateur et responsable de la peinture flamande et néerlandaise au Louvre depuis 2005. Il a été commissaire des expositions "Frans Post. Le Brésil à la cour de Louis XIV" (Musée du Louvre, 2005), "Rembrandt et la figure du Christ" (Musée du Louvre, 2011) et "L'Europe de Rubens" (Musée Louvre-Lens, 2013). Sa thèse, "Frans Pourbus le Jeune. Portrait d'apparat à l'aube du Grand Siècle, entre Habsbourg, Médicis et Bourbon", a reçu en 2012 le Prix Richtenberger de l'Académie des Beaux Arts.

Commentaires et critiques des lecteurs

14-12-2019

Un livre passionnant sur Bethsabée dans la salle de bains de Rembrandt. Quel plaisir de lire un texte intéressant sur ce magnifique tableau, qui m'a permis de mieux comprendre et apprécier tout le talent de Rembrandt dans ce tableau et d'admirer sa peinture, telle qu'elle reflète l'émotion de la scène, quelle beauté ! La bourse de l'auteur est intéressante. Elle permet de mieux comprendre le tableau et le contexte dans lequel il a été peint. Je le recommande.

13-12-2019

Une œuvre d'art est toujours un témoignage d'une époque et de son environnement culturel : le Louvre conserve dans ses salles tant de peintures emblématiques qu'il devient une histoire de l'art en soi. Une fois de plus, dans la collection Solo, un volume dédié à un "must" de cette fabuleuse collection : le tambour roule ! Voici une photo de Rembrandt (Haaaaa !): la "Bath Bathsheba" (Hooo !). En fait, comme les nus féminins de Rubens, cette Hollandaise du XVIIe siècle, surprise dans son intimité, suscite rarement l'admiration. Pour la simple raison qu'elle est très loin du goût, de l'imagination, des soucis de notre époque. Le sujet est religieux. Aujourd'hui, la connaissance biblique est ce qu'elle est, le spectateur ne voit souvent qu'une seule femme nue, alors que Bethsabée est l'héroïne d'une multitude de représentations : des enluminures médiévales aux peintures rococo, des fresques et tapisseries. Non, le spectateur moderne voit en elle une femme plutôt lourde et grosse, un peu grosse, presque anti-érotique, alors que les canons de cette beauté féminine ne correspondent plus à ceux de notre temps. De plus, pour de nombreux amateurs d'art, Rembrandt est un peintre principalement de portraits et parfois de paysages, mais pas de peinture historique. Cependant, il y a beaucoup de scènes religieuses dans l'œuvre peinte de Rembrandt, d'Abraham au Christ. A tel point qu'il y a de fréquentes représentations de figures bibliques ou mythologiques dans l'œuvre de Rembrandt : Bethsabée, Suzanne, Diane, Andromède... Il y a donc toute une iconographie liée à Bethsabée, même s'il semble que Rembrandt ait utilisé une fontaine ancienne. Historiquement, nous ne sommes qu'au niveau de la spéculation pour connaître le contexte de la réalisation de cette grande table carrée (142 x 142), en raison du manque de pièces justificatives. Mais ce qui l'a rendu célèbre, c'est la technique du clair-obscur que Rembrandt a utilisée ici, loin de la violence du caravaning initial. C'est probablement pour cette raison qu'il a été inclus dans la collection La Caze, pour être donné au Louvre. Une petite monographie assez complète que tout amoureux du maître hollandais aurait dû lire pour (re)découvrir toute une partie de son œuvre et de sa vie. Les illustrations sont parfaitement intégrées au texte, ce qui facilite grandement la compréhension du sujet.

12-12-2019

L'histoire de Bethsabée est racontée dans l'Ancien Testament, dans le deuxième livre de Samuel. Résumé : Le roi David, après avoir surpris Bethsabée dans le bain, est fou de désir pour cette belle jeune femme dont le mari Urie, un mercenaire hittite, combat dans son armée. Pour posséder définitivement le beau, le roi n'hésita pas à éliminer Urie. La punition divine est assurée. En 1654, Rembrandt peint Bethsabée inondée de lumière sur un fond sombre, seul, avec un domestique à ses pieds à peine visibles. Bethsabée a une lettre en main (cet élément n'est pas dans le texte biblique), que le roi lui a envoyée pour le rejoindre. Objet récurrent de l'art occidental, la représentation de Bethsabée n'est ici pas plus orthodoxe que la peinture de Rembrandt avant le XVIIe siècle ou siècle contemporain, qui montre ce qui est très bien montré dans ces pages, à part la source biblique du sujet et la signature "Rembrandt ft 1654", on ne sait presque rien de la genèse de ce nu féminin grandeur nature (1,42 m x 1,42 m), que Louis La Caze a offert au Louvre en 1869. Aucun parrain connu, aucune preuve tangible d'une circonstance familiale ou privée ou d'un lien convaincant avec une conviction religieuse du peintre, qui pourrait justifier son exécution. L'histoire de l'art ayant l'horreur dans le vide semble bien dans le cas de Bathsabée, la lecture de ce livret de la collection Solo (RMN) le prouve, que les connaissances lacunaires liées à la création de cette œuvre ont favorisé depuis le XVIIe siècle de nombreuses études et commentaires ou divergents, parfois très contradictoires. Le point de vue du spécialiste semble alors sain et l'inventaire de ces débats interprétatifs dressé par Blaise Ducos est donc incroyablement révélateur de la vision que chaque époque a su se faire de Bethsabée. Une manière savante et complexe de faire apprécier à Rembrandt le caractère unique de cette œuvre devenue emblématique depuis le XVIIe siècle jusqu'à nos jours, la peinture a été examinée et analysée à travers le filtre de ses propres préjugés religieux, moraux et culturels. Prétexte pour peindre une femme nue, tu as pensé à quelque chose ? Portrait historique, d'autres qui pensaient avoir identifié dans Bathsabée la figure du jeune compagnon de Rembrandt en 1654, Hendrickje, répondirent en établissant une symétrie improbable avec la réalisation d'un portrait de Saskia (dont Rembrandt avait été veuve) comme la déesse Flora, vingt ans auparavant ; ou en cherchant des liens sécurisants entre la vie du peintre et son modèle et le couple biblique formé par David et Bethesheba. Lorsque la lecture d'une œuvre n'est pas ouverte à l'évidence immédiate, les hypothèses sont évidemment florissantes, surtout si la nudité suscite, comme ici, des débats. L'étude stylistique de l'œuvre de Rembrandt a également tenté de fournir des arguments en faveur d'une supposée continuité dans la représentation du corps féminin par l'artiste. Au final, rien de convaincant ne peut expliquer cette énigmatique figure féminine mélancolique de Bethsabée, si éloignée du canon traditionnel ; sur le plan esthétique (le débat autour de la fameuse harmonie des formes), le plus beau et ultime nu du peintre est loin d'être unanimement accepté. Dès la fin du XVIIe siècle, l'œuvre est attaquée par des artistes qui aiment la théorie. L'approche réaliste de la nudité, démontrée par Rembrandt, qui n'a été orné de vertus que bien plus tard, contraste en tous points avec l'idéalisation du corps défendue par le courant classificateur (Gérard de Lairesse) qui a émergé à Amsterdam à cette époque. D'autre part, en 1950, un éminent spécialiste pensait avoir trouvé à Bathsabée, dès l'antiquité, une source graphique qui le reliait à la filiation classique qui fut précisément contestée au 17ème siècle. Pour l'anecdote, Bathsabée fut également déclaré "déficient en beauté" dans un catalogue de vente de la maison de Christie's (1811), et farouchement caricaturé dans la vie parisienne du Second Empire, avant d'obtenir aujourd'hui sa canonisation universelle. Betshabee est un thème biblique et religieux formulé sous différents récits et s'inscrit dans une vaste tradition iconographique remontant au Moyen Âge. Souvent associée à l'éternelle féminité de la séduction, comme en témoignent les représentations contemporaines de Rembrandt : Willem Drost (1654), Govert Flinck (1659) et Cornelis Bisschop (1660). Avant et après Rembrandt, le sujet est généralement traité par une grande théâtralité théâtrale comme dans les Loges du Vatican (atelier de Raphaël) ou par la galerie Franciabigio (1523) à Dresde, ou par le Musée des Beaux Arts de Budapest Sebastiano Ricci (1720), pour ne citer que quelques exemples. le sujet n'est pas nouveau, mais son traitement libre par Rembrandt est totalement novateur : aucun des tableaux antérieurs ou postérieurs à celui de Rembrandt n'est égal en geste pictural et en manière au sien, pas même "Betshabee in the fountain" de Rubens. Ici, dans une transposition "moderne", Bathsabée semble totalement absent de sa nudité, tenant la lettre dans sa main et laissant son serviteur sécher ses pieds. Elle a l'air fatiguée et ne regarde pas le spectateur, immergée dans ses pensées intimes. Ni érotisme ni voyeurisme dans cette peinture qui magnifie les ombres, conclut Blaise Ducos, s'éloignant d'une conception de la peinture appelée "key painting". Seule la nouvelle façon de peindre de Rembrandt, adoptée à partir de 1654 et rompant avec la tradition, pourrait mettre en lumière l'extraordinaire intensité condensée avec laquelle le peintre a enveloppé sa Bethsabée et qui touche pleinement le spectateur. "Miracle du corps nu imprégné de pensée", selon l'historien d'art britannique Kenneth Clark ou, plus insondable, l'intention de Rembrandt d'inclure le spectateur dans la réalisation de son œuvre, comme le suggère Ernst van de Wetering ? Bathsabée ne manquera jamais d'offrir d'innombrables lectures. A chacun sa libre interprétation. En tout cas, cette fascinante publication de Blaise Ducos conserve toute sa pertinence et reste pour moi une référence.