Gabriële
  • Éditeur: Le Livre de Poche
  • Rencard:
  • Langue: Frances
  • ISBN: 2253906638
  • Tags: roman, biographie romancée, récit biographique, biographie, avant-garde,

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Septembre 1908Gabriële Buffet, une femme de 27 ans, indépendante, musicienne, féministe avant l'heure, rencontre Francis Picabia, un jeune peintre à la réputation sulfureuse et réussie. Elle avait besoin d'un renouveau dans son travail, elle est prête à briser les chaînes : respirer, faire réfléchir, théoriser. Entre Paris, New York, Berlin, Zurich, Barcelone, Etival et Saint-Tropez, Gabriële guide les précurseurs de l'art abstrait, les futuristes, Dada, toujours à l'avant-garde des avancées artistiquesCe livre nous ramène aux débuts d'un XXe siècle qui réinvente les codes du beau et du social. Anne et Claire Berest sont les arrière-petites-filles de Gabriële Buffet-Picabia.

Claire Berest

Claire Berest

Nationalité : France Né en 1982 Biographie : Claire Berest est une écrivaine française née en 1982. Elle avait 25 ans lorsqu'elle a démissionné de son poste de professeur de français à Bobigny. De cette reconnaissance de l'échec est née "Enfants perdus" (Toute la journée 2014), une enquête sur la Brigade des mineurs, pour savoir ce qui arrive à ces adolescents indéchiffrables. "Mikado" est son premier roman, publié en 2011. Dans son deuxième roman, "L'Orchestre vide", publié en janvier 2012, elle raconte son histoire d'amour avec le chanteur canadien Buck 65. Claire Berest est la sœur d'Anne Berest, également romancière. Ce sont les arrière-petites-filles du peintre Francis Picabia. Ajouter des informations

Commentaires et critiques des lecteurs

25-03-2019

Cette lecture, "imposée" dans le cadre des Prix Libraires en Seine, a été un vrai charme ! A priori, je n'avais pas vraiment envie de m'immerger dans un environnement d'artistes d'avant-garde et d'iconoclastes prêts à révolutionner le monde des arts au début du siècle dernier, et encore moins, craignant l'hagiographie, dans l'aventure de reconstruction biographique entreprise par les arrière petites filles de Gabriële Buffet, épouse du peintre Francis Picabia. Mais ce livre cache des charmes surprenants qui m'ont conquis rapidement, au point de me faire tomber dans cette situation délicieuse où vous avez hâte de lire à nouveau pour retrouver vos personnages. Il faut dire que ce livre est très habité par ses auteurs, dont le travail d'exhumation de cette grand-mère non aimante fut douloureux et fondamental. Avec sensibilité et intelligence, ils mettent Gabriële sous les feux de la rampe avec de légères touches de lumière et la mettent à la lumière de sa prodigieuse intelligence et de son extraordinaire indépendance mentale, sans hésiter à marquer ses zones d'ombre, surtout en tant que mère : un exercice surprenant en lumière noire, destiné à mettre en avant une femme exceptionnelle qui aurait toujours été (si les auteurs ne l'avaient parée de réalité ?).) dans l'ombre de ces grands hommes qu'elle a rencontrés : son mari d'abord, Francis Picabia, mais aussi Marcel Duchamp, Guillaume Apollinaire ? Un récit biographique très intime dans lequel les concepts d'art, de famille et d'amour acquièrent une dimension singulière dans le tourbillon de la créativité révolutionnaire inspirée par ces artistes atypiques et brillants.

24-03-2019

Gabriële Buffet-Picabia s'est invitée dans la vie de ses arrière-petites-filles, Claire et Anne Berest, lorsqu'elles ont appris son existence et "eu l'intuition que cette femme avait été un monument ignoré et perdu". Ils ont donc décidé d'explorer et de nous raconter le parcours de la vie de cette femme. Passionnée de musique, elle est admise à la Scola Cantorum en 1898 ; à l'âge de 27 ans, elle achève ses études musicales à Berlin et évite ainsi de tomber sous l'emprise des parents. Un franc-tireur ne peut pas imaginer abandonner sa passion. De retour en France pour quelques jours, il rencontre le peintre et séducteur Francis Picabia. Faisant semblant de ne pas être impressionnée, elle cède enfin au charme de l'artiste avec qui elle vivra un amour intense en surmontant les horreurs de ses caprices. Ses talents de musicienne et son "âme révolutionnaire" guideront sa vie : elle sera une théoricienne de l'art visionnaire, épouse de Francis Picabia, amante de Marcel Duchamp, amie intime d'Apollinaire, femme engagée liée au mouvement Dada, mère de trois enfants ; Gabriële aura le malheur de naître à une époque où le monde artistique ne reconnaît que le talent masculin. Je tiens à remercier les auteurs Claire et Anne Berest, ainsi que ceux qui les ont précédés et ceux qui continueront à partager avec nous les talents insoupçonnés de femmes influentes et avant-gardistes du XIXe siècle, qui ont grandement contribué à l'émergence de divers mouvements artistiques : les œuvres de Francis Picabia, Marcel Duchamp, la poésie d'Apollinaire... auront-elles la même résonance, sans influence Gabriële ? Cette écriture à quatre mains et deux cœurs nous invite à relire la poésie d'Apollinaire, à réécouter Debussy, à regarder l'évolution de la peinture sous un autre angle... ou encore à mieux comprendre ou approfondir notre connaissance des éléments qui caractérisent l'évolution culturelle.

23-03-2019

La première fois que j'ai vu Claire Berest, c'était dans le spectacle "La Grande Librairie", elle a présenté son livre Bellevue. J'ai trouvé ça brillant et j'ai marqué le titre. La deuxième fois que j'ai vu Claire Berest, c'était à Rennes, interviewée aux Rencontres Littéraires, où elle a présenté sa "fille cadette, Gabriële", un livre écrit à quatre mains avec sa sœur. Elle était très passionnée, convaincante, ultra documentée, passionnante... Gabriële avant d'être un roman, est une histoire de famille, un secret ou plutôt une tacite, un trou ouvert... C'est l'histoire de leur arrière-grand-mère qu'ils ne connaissaient pas, celle d'une jeune femme très intelligente et indépendante qui décide d'étudier la musique, d'abord à Paris puis à Berlin. Elle étudiait la composition, la seule femme admise dans une classe de jeunes hommes. Nous sommes en 1908, il a 27 ans, (il lui reste encore une année d'études), quand il rencontre le peintre Francis Picabia et renvoie tout. Ils l'ont épousé, ont eu quatre enfants, ne se sont pas beaucoup occupés de lui, mais ils ont révolutionné la scène artistique mondiale. Lui avec ses œuvres, elle avec son esprit, sa capacité à voir le talent des autres, à argumenter, à "donner naissance" aux autres. Ils fréquenteront toutes les belles fleurs artistiques du 20ème siècle (Duchamp, Apollinaire entre autres), ils voyageront beaucoup dans le temps. Et les enfants dans tout ça ? C'est là que le fond fait mal... La quatrième se suicide à l'âge de 27 ans, laissant une fille de quatre ans, la mère d'Anne et Claire Berest, qui ne reverra jamais sa famille paternelle : Gabriële a mieux à faire. Elle est décédée en 1985, à l'âge de 104 ans, ses arrière-petites-filles ignoraient son existence. Monstrueuse et généreuse, bienveillante et égoïste, moderne et visionnaire, indépendante et terriblement soumise, Gabrielle était une femme très intelligente, "un cerveau érotique"... Ce livre raconte l'histoire de sa "recherche" sur un personnage inhabituel pour l'époque. Il trouve un équilibre délicat entre la documentation historique et les parties fictives et imaginaires. Chaque chapitre se termine par un bref paragraphe ou une phrase, sorte de réflexion d'un ou plusieurs auteurs sur leurs recherches, leurs découvertes et leurs sentiments. Il ajoute une touche humaine et très personnelle et nous rappelle qu'ils n'ont pas écrit un livre SUR et POUR Gabrielle mais pour eux-mêmes, pour essayer de comprendre comment ils ont pu être amputés d'une partie de leur histoire familiale et surtout pour leur mère ("mère qui va vivre cette aventure très douloureusement..."). Une recherche sur ses origines choquantes et modestes, sensibles et sans sentimentalité d'aucune sorte... Tout l'intérêt pour ce livre vient de cette implication, de ce biais. Entre ma rencontre avec Claire Berest (avec qui j'ai passé dix minutes...) et la lecture de ce livre, j'ai laissé passer quelques mois, j'ai voulu laisser l'histoire "décanter", un peu oublier la vie de Gabriële pour mieux la retrouver. Ce fut un voyage fascinant et passionnant qui dépasse le cadre de l'histoire de l'art et peut séduire les non-initiés, car c'est aussi un livre plein de vies, ("des célébrités croisées, des vies à 100 par heure, des vies sacrifiées..."). Qu'est-ce qu'une vie réussie ? Quelle "empreinte" reste-t-il sur la terre ? Peut-on tout sacrifier pour l'Art ? Brillant, très agréable à lire et informatif...

22-03-2019

Ce livre est le défi que se lancent les sœurs Berest pour lever le voile de cette arrière-grand-mère maternelle dont elles ignoraient l'existence. Mais qui est Gabrielle ? (1) Pourquoi l'omerta de votre mère ? Ils la définissent comme "l'épouse de Picabia, l'amante de Duchamp, l'amie intime d'Apollinaire. "Une photo d'elle est insérée à la page 19. Alors que certains auteurs choisissent des titres de chansons comme titres de chapitres, Anne et Claire ont choisi "des titres de tableaux de Francis Picabia". L'histoire commence en 1908, lorsque Gabriële se prépare à retourner à Berlin et à poursuivre ses études musicales. Son voyage, arrosé par la musique, est étonnant, car cette jeune femme ne vit que pour elle-même. Sa rencontre avec Picabia, à travers son frère, fut décisive. Sa vie est en train de changer. On assiste à sa renonciation à sa passion pour celui qui a réussi à la séduire, qui va devoir maintenant l'apprivoiser... Un mariage et de multiples voyages qui inspirent Picabia. Quelle métamorphose au contact de Picabia ! Gabrielle montre une liberté sans tabous qui peut être déconcertante. Les naissances ont lieu mais semblent être un fardeau pour le couple, nous ne nous sentons pas la fibre maternelle, paternelle. Les enfants sont allés à leur tour chez les nounous, chez la mère de Gaby en Suisse, tandis que le couple atypique retournait à la vie de bohème. Et pour Picabia, la dépendance à l'opium. Les romanciers le comparent à Serge Gainsbourg. Lors des rencontres à Puteaux, vous apprendrez à mieux connaître Marcel Duchamp et très bientôt une "utopie d'amour" de trois personnes sera installée. "Une attraction pulvérisante" pour Gaby. La découverte de la bipolarité de Picabia nous permet de mieux comprendre sa vie chaotique, composée de fusion, de distance et de patchs. "Jules et Jim." La poésie est invitée dans leur vie lorsqu'ils rencontrent Apollinaire, "leur inconscient, leur ange gardien"... Picabia, à son tour, écrit et publie des œuvres poétiques, sous la direction de Gaby, animée par "l'urgence de transmettre". Cette biographie, écrite à quatre mains, est ponctuée de deux voix d'écrivaines qui dialoguent, font le point sur ce qu'elles découvrent ou ne savent pas. Anne et Claire Berest ont réalisé Sherlock Holmes et livrent le résultat de leurs recherches, mettant en lumière cette femme incroyable hors cadre, "le cerveau érotique", multilingue, maverick, ultramoderne, qui a révolutionné l'art par son influence en Picabia. Les sœurs Berest ont voulu réhabiliter cette femme de l'ombre, la considérant comme "un messie", "un médium". Leur enquête a eu l'avantage de leur faire découvrir le havre de paix d'Etival dans le Jura, pour entrer dans cette maison qui a une âme avec tous ces portraits d'ancêtres. Et pour rencontrer des cousins. Ils ont évité le mystère entourant ce grand-père maternel, Vincent (fils non désiré, suicide à 27 ans, laissant un fils de 4 ans). Comment ne pas être choqué par la décision de Gabrielle d'exhumer le corps de son fils Vincent, "Nied", pour y mettre le corps de son mari. Ils reconnaissent qu'il a pu être douloureux pour leur mère de les voir creuser dans leur passé pour établir une filiation avec le peintre Picabia. "La relation de Picabia avec leurs enfants est un mystère" : des parents résignés, indifférents à leur petite fille, Lélia. Il est à noter que Gaby regrette d'avoir échoué dans son rôle de mère. Une œuvre de mémoire familiale, étayée par une abondante documentation, qui nous plonge dans les mouvements artistiques de l'époque : du cubisme, naissance de l'art abstrait au dadaïsme et qui met en valeur Gabrielle, " cette éminente grise et rayonnante ", cette femme hallucinatoire, ainsi que toute une constellation d'artistes, d'intellectuels qui gravitent autour d'elle. Une lecture fluide et passionnante qui s'accompagne des tableaux de Picabia. P.S : Une mention supplémentaire pour la présence d'une table des matières et de photos. D'un autre côté, un arbre généalogique aurait été le bienvenu. (1) Gabriële se décline sous différentes orthographes : Gabrielle, Gabrielle.

21-03-2019

Comme une ascension en plein air d'une œuvre d'art que l'on croyait perdue, Anne et Claire Berest exhument des chefs-d'œuvre oubliés, un passé explosif profondément enfoui, et grimpent à la rencontre de deux fantômes de notre histoire, deux figures des grandes révolutions picturales du XXe siècle, effacées de nos références, comme une malédiction cachée exposée dans ce long témoignage, "Gabriëlle" en deux volets. Une indexation familiale, loin de la personnalité de ses grands-parents, de la connaissance de sa filiation, qui doit rester secrète, être la petite-fille d'un grand-père qui s'est suicidé, et découvrir que son arrière grand-père était une grande figure de la peinture et des arts, n'est pas une généalogie ordinaire ; Vincent, fils de Picabia, est aussi le fils que sa mère, Gabrielle a toujours abandonné. Ils ont éludé le mystère entourant ce grand-père maternel, Vincente, le fils non désiré, est mort à l'âge de 27 ans d'une overdose, laissant un garçon de 4 ans. Sur le chemin de Picabia, notez que lui aussi est devenu orphelin à l'âge de 7 ans, une blessure que l'absence d'une mère va profondément perturber. Mais c'est l'itinéraire diabolique de Gabrielle dans lequel les deux sœurs investiront, pour l'exposer et partager sa vie jusqu'à sa mort dans un résultat insignifiant, pour lequel elle vendra 17 tableaux de Picasso. Sa fidélité à Picabia, avec qui il s'est marié, a même sorti Vincent du tombeau familial en 1953, pour y placer le prince de ses rêves, alors qu'il avait été séparé d'elle pendant tant d'années. Comme il faut parler de peinture, c'est la fusion de l'énergie de Picabia et de l'imagination de Gabrielle qui donnera vie à ses passions artistiques, du moins pendant la période 1908-1930. C'est en 1909 que Picabia signe le premier tableau abstrait "Rubber". Picabia présentera à New York les peintres français du nouvel art. Picabia, multiplie découvertes, innovations, chefs-d'œuvre. Devenu chef du mouvement surréaliste, après le dadaïsme, il multiplie les œuvres les plus originales ou singulières. Marcel Duchamp le suit. La première œuvre de Marcel, "Nu descendant un escalier", rejetée à Paris, fut un triomphe à New York, pendant des semaines les enthousiastes se poussèrent les uns les autres. Avec Guillaume Apollinaire, ils érigeront un boulevard, une rétrospective, un enthousiasme, une doctrine derrière laquelle tant d'artistes vont se soutenir. Mais par quelle magie cette épidémie a-t-elle commencé ? Gabriëlle est l'inspiratrice, la musicienne qui veut un art avant tout artistique, une approche libre à toutes les restrictions. Gabrielle qui dictera à Picabia ce qu'il faut peindre, à Marcel Duchamp toute la folie et l'audace. Marcel, qui apprend vite, remet un bidet à un concours d'art moderne, ce qui déclenche un grand scandale et une hilarité générale. Des scandales qui avec Gabrielle, sont devenus possibles et qui seront bientôt organisés. Dans son sillage apparurent tant de maîtres, Miro derrière Picabia, Magritte et Andy Warol derrière Marcel Duchamp. Maîtrisant les langues utiles à la promotion des peintres, Gabriêlle dessine l'une des figures féminines les plus extravagantes de l'après-guerre, car rien ne l'arrête, rien pour elle ne peut être sacrifié à la liberté, pas même ses propres enfants. Elle fut la muse de Picabia, mais aussi de Marcel Duchamp, Igor Stravinsky... Avec Apollinaire, ils ont perdu un ami, mais encore plus un défenseur. Son absence aura un impact durable sur la réputation du trio, Gabriëlle Buffet, dans les bras de ses hommes. C'est une sorte de malédiction qui ternit l'image de Picabia. Lui, qui a peint une centaine de tableaux impressionnistes, n'est pas dans les livres sur les impressionnistes, Picasso y apparaît. Aujourd'hui sa place n'est pas claire, il est souvent absent des rétrospectives de la peinture moderne, on cite Miro ou Chirico pas Picabia. Aucun membre de sa famille n'a participé à la promotion de Picabia, ni personne d'autre n'a participé à l'authentification de l'étendue de son travail. Un jour, il faudra penser à réunir, enfin Duchamp et Picabia en un seul hommage, une grande exposition au Grand Palais et, par extension, appeler Gabrielle à redessiner ces deux géants de la peinture, sous le charme de sa muse Gabrielle Buffet.

20-03-2019

Anne et Claire Berest ont écrit ensemble cette histoire sur la vie de leur arrière-grand-mère maternelle Gabriël. Née en 1881 et morte en 1985 à l'âge de 104 ans, est une femme qu'ils ne connaissaient pas, on comprendra pourquoi au cours de l'histoire... Gabriël Buffet, rebelle depuis son plus jeune âge, devient une jeune femme indépendante et libre. Elle a réussi à entrer dans la classe de composition d'une école de musique, un lieu inaccessible aux femmes de l'époque. Contrainte par ses parents de se marier quand elle ne s'intéresse pas aux hommes, elle se rend à Berlin en 1906 sans le consentement de ses parents pour échapper au mariage, où elle poursuit ses études musicales et évolue dans le domaine de l'avant-garde musicale. En 1908, il rencontre Francis Picabia, un jeune homme extravagant d'origine espagnole, issu d'une riche aristocratie. C'est un peintre impressionniste déjà connu, fatigué de ce courant il veut peindre non pas ce qu'il voit mais ce qu'il a dans la tête. Gabriël et Francis se rencontrent dans leur conception de l'art. La carrière musicale de Gabriël s'achève alors parce qu'elle se met au service "non de son mari, mais d'une révolution artistique" et devient son éminence grise pour l'aider à changer sa façon de peindre. Gabriël a séduit François par son intelligence, une véritable communauté de pensée les unit, leur connivence est plus intellectuelle que physique. Francis se sent galvanisé et inspiré par les conversations avec Gabriël, qui devient son épouse en 1909, mais il se rend vite compte que les phases euphoriques et mélancoliques de son mari cachent une maladie que l'usage de l'opium n'aide pas. Gabriël, qui était aussi un créateur, a composé pendant ses dix années d'études, mais à ce jour il ne reste plus rien, il a peut-être brûlé ses partitions. "Elle déplace des montagnes pour les autres, mais n'a pas la force de se pousser une porte." Sous son influence, Picabia peint, de l'avis de certains historiens, la première œuvre abstraite de l'histoire de l'art avant Picasso. Il devient l'un des fers de lance du cubisme, mais il se bat pour la reconnaissance jusqu'à une célèbre exposition à New York en 1913, où Gabriel joue un rôle décisif : le couple forme un trio avec Marcel Duchamp, pour lequel Gabriël devient muse, et Guillaume Apollinaire les rejoint, tous vivant une période de furie créatrice. Ce couple a des enfants, le premier est né en janvier 1910, mais Gabriël et Francis ne feront preuve que d'indifférence, car ils ne se soucient que de l'art... Avec cette biographie Anne et Claire Berest nous offrent un beau voyage d'un siècle, nous rencontrons Edmond Rostand, Picasso le rival de Picabia, Miro, le Douanier Rousseau, Apollinaire ? La bande de Bonnot, le naufrage du Titanic, les débuts de l'automobile et de l'aviation traversent cette histoire qui nous plonge dans le monde très particulier des artistes et de l'art en général. La personnalité et le destin extraordinaires de son arrière-grand-mère méritaient l'attention d'Anne et Claire Berest dans ce livre. Gabriël, indépendant d'esprit, charismatique, moderne, libre et très cultivé, a bousculé les conventions et le couple qu'il forme avec François est assez atypique. Il collectionnait les voitures et les femmes, mais il en avait tout le temps besoin. Elle, seule femme dans le monde des hommes, a participé à la préparation des expositions, mais a disparu dès que l'inauguration a eu lieu... Son mode de vie était un beau non-conformiste et pouvait être décrit comme transgresseur et sulfureux. D'autre part, j'ai été surpris par l'apparente soumission de cette femme de caractère. Anne et Claire Berest disent qu'elles n'ont rien inventé parce que la vie de Gabriël était déjà un roman. Basé sur des livres d'histoire, des archives et des interviews, ce gigantesque projet de recherche leur a pris trois ans. Écrite à deux, cette histoire présente une belle unité, c'est très fluide car ils " tissent leurs mots ensemble " pour s'exprimer d'une seule voix et ont eu la bonne idée d'insérer de temps en temps des photos. C'est une expérience d'écriture parfaitement réussie... Parfois, ils utilisent le "nous" ou s'adressent les uns aux autres pour partager leurs questions : "Plus nous en apprenons sur eux, plus notre ignorance du passé me semble étrangère". Les deux sœurs ont atteint l'objectif qu'elles s'étaient fixé : réhabiliter Gabriël, qui avait été volontairement effacé. "Effacer son élimination." J'ai trouvé ce livre fascinant du début à la fin...

Claire Berest

Le Livre de Poche

Le premier "Livre de Poche" est paru en 1953, sous l'impulsion d'Henri Filipacchi, alors secrétaire général de la Librairie Hachette. Il associe ses amis éditeurs les plus influents à son projet, pour offrir les meilleurs classiques dans la version "Livre de Poche", un format qui tient dans votre poche et qui est bon marché. Le succès est tel que le "Livre de Poche" reste à ce jour la première collection de poche française largement diffusée, distribuant près de 360 nouveaux titres par an et ayant 1 000 titres réédités chaque année.